Plus de 30 ans de recherche clinique ont mis en évidence les bienfaits sociaux et thérapeutiques de la réalité virtuelle. Il est grand temps de faire bénéficier les EHPAD de cette nouvelle approche non médicamenteuse.

1) Les bienfaits sociaux de la réalité virtuelle en EHPAD

Vous avez 90 ans et vous vivez en EHPAD. Malheureusement, vous avez beaucoup perdu en mobilité et votre condition physique ne vous permet plus de marcher très loin. Et si, sans bouger de votre fauteuil, vous pouviez visiter les pyramides d’Égypte, aller au musée, faire un safari en Afrique ou explorer les beautés de la nature ? Et si, en plus de cela, vous pouviez partager ces expériences avec les autres résidents de votre EHPAD pour créer des souvenirs communs et échanger vos ressentis ?

Trois résidentes qui, ensemble, visitent virtuellement le Grand Canyon aux Etats-Unis

Les évasions immersives améliorent le bien-être

Les personnes âgées qui expérimentent la réalité virtuelle en EHPAD ont un sentiment quasiment instantané d’évasion et de bien-être. Voici quelques réactions en images qui valent bien plus que des mots.

Un reportage de France 3 dans un EHPAD qui utilise notre solution de réalité virtuelle.

Et cette sensation de dépaysement ne s’atténue pas avec le temps. Les résidents sont demandeurs de nouvelles destinations pour continuer d’explorer et de découvrir. Voici leurs témoignages :

De plus, des essais cliniques ont montré l’impact de la réalité virtuelle sur le bien-être des personnes âgées en EHPAD. Ainsi, après une séance de réalité virtuelle, les résidents ressentent davantage les états émotionnels positifs tels que les états relaxés, joyeux, aventureux, etc. (Appel et al., 2020).

Les immersions partagées favorisent le lien social

L’isolement social et la dépression sont de véritables fléaux en EHPAD. Pour lutter contre ce problème et favoriser les échanges et le lien social, les animateurs et soignants des établissements utilisent différents médiateurs. La réalité virtuelle ajoute une nouvelle corde à leur arc, à condition qu’elle soit simple et adaptée. Ainsi, nous avons simplifié son usage pour permettre au personnel de facilement organiser des ateliers de groupe. Depuis une application tablette, il devient possible de contrôler et synchroniser plusieurs casques à distance pour offrir des expériences partagées.

L’immersion devient alors un médiateur qui permet aux encadrants de provoquer et d’alimenter le dialogue avant, pendant et après les vidéos. Par exemple, avant de “téléporter” les résidents au large de la mer rouge avec des dizaines de dauphins en liberté, vous pouvez les faire échanger sur le thème des dauphins en leur donnant des informations ludiques. Ainsi, chez Lumeen, nous accompagnons chacune de nos expériences avec des contenus de médiations directement intégrés dans l’application tablette. Pendant les immersions vous avez même un retour visuel de ce que voient les participants et des indications pour les guider dans l’expérience.

Ces contenus permettent aux personnes de s’exprimer, de se remémorer et de partager des souvenirs de vie. Des animateurs et professionnels de santé nous remontent aussi que des résidents continuent d’en parler après les séances et pendant les repas. Cela met un peu de bonheur et de vie dans leur quotidien.

Rendre l’art et la culture accessible aux publics empêchés

Les personnes dépendantes sont souvent isolées et perdent l’accès à l’art et la culture. La réalité virtuelle leur offre une porte vers le monde et leur permet de visiter des musées, des monuments; et d’assister à des spectacles et des concerts de musiques.

Ainsi, chez Lumeen, nous souhaitons offrir une large gamme de contenus culturels. Nous avons notamment collaboré avec l’Atelier des Lumières de Paris pour rendre l’exposition numérique immersive de Gustav Klimt accessible aux publics empêchés. Ce projet a eu beaucoup de succès auprès des personnes âgées et leur a mis des étoiles dans les yeux.

Faciliter le lien intergénérationnel

La réalité virtuelle permet aussi de renforcer le lien avec les familles. Dans de nombreux établissements, des animateurs mettent en place des animations intergénérationnelles auxquelles ils convient les familles des résidents à participer. Cependant, il n’est pas toujours facile de trouver des activités que les générations peuvent partager. La réalité virtuelle a l’avantage d’être divertissante pour les jeunes et les moins jeunes et permet aux familles de continuer à vivre des expériences ensemble.

Que ce soit pour les vacances ou le travail, les nouvelles générations voyagent de plus en plus. Lorsque les proches des résidents partent loin, la réalité virtuelle permet aux résidents de s’immerger dans les pays et coutumes que visitent leur famille et de leur en parler à leur retour !

2) Les bienfaits thérapeutiques de la réalité virtuelle en EHPAD

Avec le vieillissement de la population, la prise en soin des troubles physiologiques et psychologiques dont souffrent les personnes âgées devient un réel enjeu de santé publique. Selon la fondation Médéric Alzheimer, 57% des résidents en EHPAD sont atteints de troubles cognitifs modérés à sévères. Les atteintes neurodégénératives privent progressivement la personne de son autonomie et de sa vie sociale ; lesquelles s’avèrent être primordiales au bien être et à la santé. Souvent, les patients atteints de démences montrent des signes de confusion, de désorientation, d’irritabilité, ou d’agressivité, car leur capacité à comprendre le monde diminue.

Les troubles cognitifs engendrent des troubles psychologiques et comportementaux chez la personne âgée. Ceux-ci sont relativement fréquents et composent le quotidien des équipes en EHPAD. Parmi eux, nous pouvons citer l’euphorie, l’anxiété, l’agitation, l’agressivité, la désinhibition, l’apathie, l’irritabilité, la dépression, les troubles du sommeil, etc.

En EHPAD, les équipes soignantes accompagnent des personnes à différents stades de ces maladies. Ainsi, les solutions de réalité virtuelle pensées pour elles doivent être flexibles pour s’intégrer dans leurs pratiques soignantes et s’adapter aux patients et à leurs pathologies.

Voici un aperçu des bienfaits thérapeutiques les plus importants que peut apporter la réalité virtuelle en EHPAD :

Apaiser l’anxiété et la douleur

La réalité virtuelle permet de dévier l’attention des patients de leur anxiété et douleur. L’un des environnements virtuels les plus étudiés est « Snow-World ». En 1996, Hunter Hoffman, PhD et ses collègues de l’Université de Washington ont développé une expérience immersive qui produit l’illusion de voler à travers un canyon glacé. En naviguant dans ce monde frais et serein, les patients peuvent lancer des boules de neige sur des pingouins, mammouths et autres bonhommes de neige.

À gauche, un patient brûlé qui est “transporté” dans Snow World, montré à droite.

SnowWorld a été conçu pour les personnes aux prises avec une douleur chronique. En particulier, le jeu immersif sert à dévier l’attention des grands brûlés lors de soins douloureux. Et les résultats sont là. Les 11 patients inclus dans une étude ont rapporté une réduction de 35% à 50% de la douleur lors de l’expérience Snow World (Hoffman et al, 2011).

Depuis Snow World, la réalité virtuelle a beaucoup évolué et de nombreuses études ont mis en évidence ses effets sur l’anxiété ou la douleur. Jones et al. (2016) montrent que parmis les 30 participants douloureux chroniques de leur étude, 100% ont ressenti une diminution relative de la douleur pendant une expérience de réalité virtuelle, dont 33% un soulagement complet de celle-ci. Les effets analgésiques de la réalité virtuelle perdureraient au-delà de l’exposition puisqu’une diminution moyenne de 33% de la perception douleureuse persiste après celle-ci.

Pour ces raisons, la réalité virtuelle est maintenant utilisée dans des centaines d’hôpitaux à travers le monde. Les solutions les plus en vogue combinent des environnements calmes avec de la musicothérapie et des inductions basées sur des principes d’hypnose médicale afin d’amplifier l’apaisement des patients. Celles-ci permettent en conséquence une réduction de la médicamentation analgésique. La réalité virtuelle est donc maintenant considérée comme une alternative non-médicamenteuse dans certains cas.

Des voyages immersifs qui ravivent les souvenirs

Les lieux que nous avons connus et aimés sont remplis de souvenirs. Imaginez une personne âgée qui pourrait retourner visiter le quartier de son enfance ou l’endroit de sa demande en mariage ? La réalité virtuelle permet de stimuler la mémoire émotionnelle et de raviver les souvenirs enfouis. Elle prend tout son sens lors de séances de thérapie par la réminiscence, d’autant plus que la sensation d’immersion grâce à la vue à 360 degrés semble amplifier la réminiscence. L’étude de Benoit et al. (2015) montre que la réalité virtuelle stimule de manière significative la mémoire autobiographique.

En fin de vie, retourner dans les endroits que l’on a aimés est source d’apaisement et de bonheur. Ce sont dans ces souvenirs que les résidents peuvent souvent trouver un lien réconfortant avec eux-mêmes.

Stimuler les fonctions cognitives

Sous forme de jeux sérieux interactifs, la réalité virtuelle permet de manière ludique de stimuler des fonctions cognitives spécifiques. Attention, il ne s’agit pas de créer des versions virtuelles d’activités qui peuvent être réalisées avec des objets courants comme un jeu de cartes ou une balle. Il est bien plus pertinent de s’intéresser aux activités nouvelles que peut offrir la réalité virtuelle. En trois dimensions, nous pouvons créer de l’espace et nous y déplacer. Ceci ouvre le champ des possibles pour des exercices d’orientation et de mémorisation spatiale qui sont difficilement réalisables dans un environnement réel, avec notamment un risque de chute des personnes. Dans un autre registre, le fait de pouvoir visualiser les environnements à 360 degrés permet d’imaginer des activités de repérage visio-spatiale plus abouties.

Flexibles, ces jeux peuvent s’adapter au niveau de dépendance des patients et s’intégrer pleinement dans la pratique des neuropsychologues, psychomotriciens, ergothérapeutes et autres soignants.  Plusieurs études regroupant au total 564 individus atteints de troubles cognitifs légers, d’AVC ou de la maladie d’Alzheimer ont montré que l’utilisation de la VR améliore leurs capacités cognitives telles que la mémoire et l’attention visuelle (Moreno et al, 2019).

Enfin il est à noter que le côté ludique et écologique de la technologie permet d’augmenter la motivation et l’appropriation des patients. Une étude incluant 66 personnes âgées a montré que celles-ci sont plus motivées à la suite d’une expérience de VR. 76% d’entre eux ont d’ailleurs souhaité renouveler l’expérience (Appel et al, 2020).

Lutter contre la dépression et l’apathie

La dépression et l’apathie sont malheureusement très répandues en EHPAD. Selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) (2020), entre 20% et 33% de résidents en d’EHPAD souffriraient de dépression. L’apathie, qui se traduit par une perte de motivation, un retrait social, un sentiment de manque d’énergie, et un émoussement affectif est l’un des troubles du comportement les plus fréquemment rencontrés au cours de la maladie d’Alzheimer. Comme l’indique la Fondation Alzheimer, 60 % des personnes âgées atteintes de cette pathologie en sont affectées. L’étude de Geraets et al. (2019) montre que l’utilisation de la réalité virtuelle améliore les états anxieux généralisés et les symptômes dépressifs associés.

Au travers des expériences de réminiscence, de découverte, de relaxation ou de jeux, la réalité virtuelle offre des émotions fortes aux personnes âgées, qui font ressurgir des passions et de la motivation. Ceci permet même de renouer le dialogue avec certains résidents. L’étude de Saredakis et al. (2020) montre que la réalité virtuelle utilisée en thérapie de réminiscence a un effet positif sur la cognition et la condition apathique de personnes âgées. Ainsi, les expériences immersives ont un impact positif auprès des personnes dépressives et apathiques.

Les risques à prendre en compte

Bien sûr, il est important d’identifier les risques de l’utilisation de la réalité virtuelle auprès des personnes malades. Par exemple, comment cette technologie pourrait-elle impacter une personne qui présente des idées délirantes et des hallucinations ? Cela pourrait-il amplifier sa condition? Nous n’avons pas encore toutes les réponses, mais nous avons une responsabilité pour mener des essais cliniques qui contribueront à définir des indications thérapeutiques et des protocoles clairs et sécurisés.

3) Les bienfaits pour les équipes soignantes et les établissements

Nous avons été surpris la première fois que nous avons appris que des soignants utilisaient notre outil pour offrir des séances d’évasion au personnel de leur EHPAD. Mais avec du recul, c’est logique ! Le soin auprès des personnes âgées dépendantes est un métier difficile et usant, ce qui se traduit par un fort taux d’absentéisme et une rotation fréquente des équipes. En offrant des moments d’évasion et de détente au personnel, la réalité virtuelle permet d’améliorer le bien-être au travail dans les EHPAD.

De plus, la réalité virtuelle contribue à augmenter l’attractivité des métiers dans un secteur qui peine à recruter. En effet, les solutions de pointe renvoient une image innovante qui attirent des talents. 

Conclusion

Les bienfaits de la réalité virtuelle en EHPAD sont nombreux. Elle permet d’améliorer le bien-être et la prise en soins des résidents, la relation avec les familles, l’image de marque des établissements, les conditions de travail et l’attractivité des métiers du grand-âge.

Nous espérons que la réalité virtuelle trouvera sa place dans les EHPAD et contribuera à enrichir la qualité de vie des personnes âgées dépendantes et à maintenir leur santé mentale aussi longtemps que possible.

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Références

Appel L, Appel E, Bogler O, Wiseman M, Cohen L, Ein N, Abrams HB and Campos JL (2020) Older Adults With Cognitive and/or Physical Impairments Can Benefit From Immersive Virtual Reality Experiences: A Feasibility Study. Front. Med. 6:329. doi: 10.3389/fmed.2019.00329

Benoit, M., Guerchouche, R., Petit, P. D., Chapoulie, E., Manera, V., Chaurasia, G., Drettakis, G., & Robert, P. (2015). Is it possible to use highly realistic virtual reality in the elderly? A feasibility study with image-based rendering. Neuropsychiatric disease and treatment, 11, 557–563. https://doi.org/10.2147/NDT.S73179

Saredakis, D., Keage, H. A., Corlis, M., & Loetscher, T. (2020). Using Virtual Reality to Improve Apathy in Residential Aged Care: Mixed Methods Study. Journal of medical Internet research, 22(6), e17632. https://doi.org/10.2196/17632

Shirine Abdoul-Carime (DREES), 2020, « Un tiers des personnes âgées vivant en établissement sont dans un état psychologique dégradé », Études et Résultats, n°1141, Drees, janvier.

https://www.fondation-alzheimer.org/lapathie-le-symptome-oublie-de-la-maladie-dalzheimer/

https://www.fondation-mederic-alzheimer.org/les-chiffres-cles

Hoffman, H. G., Chambers, G. T., Meyer, W. J., 3rd, Arceneaux, L. L., Russell, W. J., Seibel, E. J., Richards, T. L., Sharar, S. R., & Patterson, D. R. (2011). Virtual reality as an adjunctive non-pharmacologic analgesic for acute burn pain during medical procedures. Annals of behavioral medicine : a publication of the Society of Behavioral Medicine, 41(2), 183–191. https://doi.org/10.1007/s12160-010-9248-7

Moreno, A., Wall, K.J., Thangavelu, K., Craven, L., Ward, E., and Dissanayaka, N.N. (2019). A systematic review of the use of virtual reality and its effects on cognition in individuals with neurocognitive disorders. Alzheimer’s & Dementia: Translational Research & Clinical Interventions 5, 834–850. doi: 10.1016/j.trci.2019.09.016

 Rapport de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG) sur la dépression en EHPAD.